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Tim, condamné à mort au Texas, a été exécuté le 15 mars. Merci à ceux qui sont intervenus en sa faveur ! |
Pour en savoir plus :
En 1994, Tim a écrit à Amnesty International pour demander des
correspondants. Il a fallu plus d'un an pour que la demande, transmise à
l'Acat, soit publiée dans le Courrier de l'Acat, et que le groupe jeunes
de Rennes décide d'y répondre. C'est pendant l'été 95 que la
correspondance s'est enfin établie entre Rozenn, ancienne membre du groupe
de Rennes, et Tim.
Au fil de ses lettres, Tim montrait une sensibilité, une écoute, une
intelligence remarquables. "Ne crois pas que,
parce que je suis condamné à
mort, tu ne dois pas me parler de tes problèmes, m'écrivait-il en février
98. Chacun a besoin de quelqu'un à qui parler. Tu peux te confier à moi si
tu le souhaites. Tu sais, parfois même ça me fait du bien d'entendre les
problèmes des autres ; ça m'aide un peu à sortir des miens, sinon je passe
mes journées enfermé dans mes propres pensées, à ressasser mes remords.
Quand tu me parles de toi, pour un instant je m'évade de cette prison, et
je suis là, avec toi."
Dès les premières lettres la correspondance s'est révélée d'une intensité
surprenante : "Montre moi des morceaux de ton
monde, et je te montrerai le mien", écrivait Tim. Pendant 5
ans, c'est le groupe Acat jeunes de Lyon
(où Rozenn avait migré) ainsi que l'antenne Amnesty de l'ENS Lyon, qui ont
pris le relais de la correspondance avec Tim. Envoi de photos, cartes
postales de différents coins de France, et en particulier de la mer, que
Tim aime tant, envoi de messages de soutien, de poèmes traduits en
anglais, de prières... Envoi de petites sommes d'argent aussi parfois,
pour financer le papier à lettres et les timbres, ainsi que la réparation
de sa machine à écrire.
"Avec les 20 $ que vous m'avez envoyés, écrivait
Tim en 96, j'ai pu
acheter du papier, des timbres, des crayons. Il me restait 2 $ qui m'ont
servi à acheter un coca et une pâtisserie. Ça fait si longtemps que je n'y
avais pas goûté ! Vous ne pouvez imaginer ce que c'est d'être privé de
tout, c'est bien plus que la liberté qu'on nous ôte en nous enfermant
ici."
Ainsi une véritable complicité s'est créée entre nous, chacun n'hésitant
pas à confier ses soucis, plus ou moins gros, mais aussi ses joies, à
l'autre. La correspondance a pris un tournant en 1998, Tim ayant reçu une
première date d'exécution pour le 24 avril. Pendant des mois, nous sommes
restés sans nouvelles de lui, puis le 28 avril, une lettre est arrivée :
"J'ai été tellement fou. Quand cette date a été fixée, j'ai voulu tirer un
trait sur toutes mes amitiés, je pensais que ce serait plus facile de
mourir dans la solitude. Mais plus la date approchait, et plus la pensée
de ceux que j'aimais me hantait. Je ne cessais de penser à vous, en
France, qui m'avez tant donné. Vous m'avez offert inconditionnellement
votre gentillesse et votre amitié, et moi je déshonorais ces cadeaux.
Pardonne-moi, je ne ferai plus cette erreur."
Naturellement, Tim a été très choqué par cette
expérience douloureuse,
même s'il a obtenu un sursis 9 jours avant la date fixée. Il avait déjà
préparé des paquets à envoyer à tous ceux qu'il aimait, leur partageant
ses derniers effets.
A l'annonce du sursis, il a eu un sursaut d'énergie,
souhaitant profiter de la nouvelle vie qui s'offrait de façon presque
inespérée.
Depuis, la correspondance a pris un autre tour. Tim écrit peu, semble
gagné à nouveau par le renoncement. En aout 99, Rozenn et son mari ont eu
la chance de pouvoir lui rendre visite à Huntsville. Une visite de 4
heures rendue possible à cause de l'éloignement.
Au cours de cette visite, Tim nous a expliqué pourquoi il n'écrit plus
beaucoup. "Pour raconter quoi ? Mes jours sont
vides, je passe 20h par
jour devant la télévision. Je sais que je ne devrais pas, que ce n'est
qu'un moyen trouvé par les autorités de la prison pour nous acheter...
Mais qu'est-ce qui me reste d'autre ? Ma douleur, mes pensées sombres, ma
culpabilité..."
Il faut dire que depuis novembre 98, les conditions de détention dans les
couloirs de la mort à Huntsville se sont considérablement dégradées. Suite
à une tentative d'évasion, les trois responsables de la prison ont été
remplacés par des "durs", chargés de "mater" les prisonniers (ce sont les
mots de Tim). Parallèlement, une nouvelle unité est en construction,
qui devait accueillir tous les condamnés à mort à partir d'octobre 99.
Unité entièrement souterraine, sans air, sans lumière du jour, avec des
possibilités de contacts très réduites entre les prisonniers, et avec le
monde extérieur. Par exemple, les cours de récréatin de cette nouvelle
unité sont individuelles, afin que deux prisonniers ne puissent se parler,
et meme les visites se font uniquement par téléphone.
Contrairement à ce qui avait été annoncé, seule une petite partie des
prisonniers a été transférée dans cette unité, les autres sont restés à
Ellis Unit. Tim a donc échappé à ce déménagement qui l'effrayait beaucoup
: "Ici, c'est Disneyland comparé à Terrel
Unit. Si on m'envoie là-bas, tu
peux me croire, je laisserai tomber tous mes appels et je leur demanderai
de me tuer dès que possible".
Tim nous a aussi expliqué pourquoi il ne se battait pas plus pour sa vie :
"Vous savez, 90% des prisonniers ici clament
leur innocence. Mais
heureusement, il y a peu d'innocents dans le couloir de la mort. J'ai connu
une fois un gars dont je suis persuadé qu'il était innocent. Il a été
exécuté. Quant à moi, je ne me considère pas innocent. Je n'ai pas voulu
tuer celle qui est morte par ma faute, mais le fait est que je suis
responsable de sa mort. C'était un accident, ce que la justice n'a jamais
reconnu... mais je reste le seul responsable.
Si ma mort pouvait la ramener à la vie, alors je l'accepterais volontiers.
Je suis sincère, vous savez. Mais qu'est-ce que ça changera de me tuer
?"
Tim nous écrivait encore, en 99 : "Quand je
pense aux millions de dollars
que mon état est prêt à dépenser pour m'éliminer de la surface de la
terre... je me sens comme une maladie qu'il faut éradiquer du globe. Et
pourtant, je suis un homme comme tant d'autres. Si je n'étais pas dans
cette cellule, mais dehors, dans la rue, qui pourrait me distinguer d'un
autre ? Les gens s'imaginent toujours que les condamnés à mort sont des
gens sous-éduqués, violents, dangereux. Je crois n'être rien de tout
cela."
Vos lettres ont sorti Tim de son isolement ! Voici ce qu'il m'a écrit le
4 février : "Je suis dans une cellule en isolement, j'y ai été placé hier. Ça fait partie de la nouvelle politique de l'administration du couloir de la mort d'isoler ceux dont les dates d'exécution se rapprochent. C'est leur dernier cadeau avant la séparation. Un dernier motif d'indignation. Ce qui est effrayant c'est que ça aurait marché s'il n'y avait pas eu ce message de vie arrivé ce soir par la poste, ça m'a réveillé, et ça m'a forcé à voir que je ne suis pas seul, que ce qui m'arrive me dépasse et affecte tant d'autres personnes, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de cette prison. Je vais essayer dans ces derniers jours d'etre un ami aussi loyal que tu l'as été pendant ces années pour moi."
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Enfin, voici ce qu'il me demandait, dans sa lettre du 4 février 2000, de dire à tous :
Chers amis, Je ne vous remercierai jamais assez de votre souci et de votre soutien sans faille en cette période extrêmement difficile. Toutes vos cartes, vos lettres, vos photos ont été un don de Dieu, et m'ont donné la force et le courage d'affronter avec dignité les jours à venir. C'est si important pour moi, de savoir que tant de gens merveilleux là-bas pensent à moi et prient pour moi. Je ne peux trouver les mots pour exprimer l'amour et la gratitude que je ressens pour vous tous. Quand j'ai commencé à correspondre avec Rozenn je savais que j'avais trouvé une amie très spéciale, mais j'étais loin d'imaginer que cette amitié me mettrait en contact avec tant de gens vraiment merveilleux. Merci à tous. Amitiés, Tim. |
Ma réponse : il y a probablement quelques innocents dans le couloir de
la mort, au Texas aussi. La culpabilité d'Odell Barnes, qui a été
exécuté le 1er mars, laisse planer de sérieux doutes. Il a eu la
chance d'être assez largement médiatisé, comme Mumia Abu Jamal en
Pennsylvanie. Mais il en est certainement d'autres, comme James, qui
meurent dans une plus grande indifférence. Il n'est pas trop tard pour
rétablir la vérité si son innocence peut réellement être prouvée. En continuant à nous battre pour Tim, même s'il reconnait sa culpabilité dans le meurtre, nous affirmons que notre refus de la peine de mort est absolu, quel que soit le crime commis. Mais par delà les polémiques, nous voulons surtout montrer qu'un criminel reste un homme, capable de repentir, d'amitié, et de sensibilité. |
Vous êtes nombreux aussi à avoir écrit aux journaux du Texas pour protester contre la peine de mort. Vous trouverez des articles de presse américains relatant l'exécution de Tim sur ce site (en anglais).
"OK, merci. Pour la famille Weis, je désire juste que vous sachiez que
je regrette profondément, du plus profond de mon coeur. Ce ne sont pas
que des mots, je le ressens vraiment. Au cours de ces années passées en
prison, j'ai appris à entendre et respecter la vie qui nous est donnée.
Ce que j'ai fait était mauvais. Je sais que la souffrance que vous avez
subie est énorme et je m'en désole. Pour la famille Jones, c'est aussi
vrai : je regrette vraiment ce qui a eu lieu. Je voulais préparer une
déclaration plus longue, mais le temps m'a manqué. J'ai demandé à
l'aumônier d'écrire quelques mots pour mes amis et pour vous, ma
famille. J'aimerais qu'il les lise pour moi, et euh, je vous souhaite
de trouver la paix." L'aumônier Brazzil lit la déclaration écrite :
"A la famille Jones:
A la famille Weis: Je crois devoir m'élever contre la pratique de la peine de mort, bien que je n'aie pas de regrets en ce qui me concerne. La peine de mort est une punition qui n'est pas nécessaire dans une société qui a d'autres moyens de se protéger. On ne peut pas réparer une mort par une autre mort. A chaque fois que l'état choisit de prendre une vie et de s'arroger le pouvoir de Dieu, à chaque fois que nos autorités tuent au nom de la justice, nous sommes tous diminués. A ma famille et mes amis, à mon père, ma soeur et mon frère, à ceux qui sont venus de si loin pour être ici aujourd'hui, sachez que je pars en paix. Vous avez tous été si bons avec moi dans toute cette épreuve. Je ne pourrai jamais trouver les mots pour vous exprimer mon amour à tous. Sachez juste que je pars vers Dieu. Oum - Nama Shiveya je pars vers Dieu."
Dernière déclaration : |
Bonjour à tous, Je souhaite vous exprimer à tous ma gratitude pour vos prières et votre soutien pour Timothy. Mon frère m'a demandé de vous faire savoir à quel point il a aimé vos lettres et vos cartes. Il a été touché par les très nombreuses réactions au site web que vous lui avez consacré. Bien qu'il n'ait pas pu répondre à chacun individuellement, il m'a demandé de vous remercier tous. Il aimerait vraiment que vous continuiez à soutenir et donner votre amour à des condamnés à mort de la prison Terrel Unit, à Livingston, au Texas. Les conditions de vie là-bas ont terriblement besoin d'être améliorées, et les détenus ont besoin de tout le support que nous pouvons leur donner. Timothy nous a quittés maintenant, mais il a touché tellement de gens d'une façon si positive que ça aura un effet éternel sur ces personnes pour les années à venir. Timothy a passé ses derniers jours avec sa famille et ses amis. Nous avons parlé de beaucoup de choses, et il était en paix avec Dieu. Il savait qu'il partait pour un horizon plus clément. Son principal souci était pour les gens qu'il laisserait derrière lui, il voulait être sûr que nous tidnrions tous le coup. Il a passé des heures innombrables à nous rassurer, disant qu'il était prêt à partir et que c'était ce qu'il désirait. Il est parti avec tant de dignité, de force et de courage que j'étais très fière d'être sa soeur, et ça me console de savoir qu'il est parti "le coeur ouvert". A nouveau je veux remercier chacun de vous pour votre amour et votre soutien. Ils ont tant de prix aux yeux de Timothy et de nous tous qui l'aimons. Avec mon amitié et mon estime, Sheila Buck, Whtcloud1@aol.com |
Rhône-Alpes : groupe jeunes de l'Acat Lyon, antenne Amnesty
International de l'ENS Lyon. Groupe ACAT de Bourgoin-Jallieu. Groupe
ACAT et Action Humanitaire du lycée de la Verpillière. Contact : Rozenn Picard, 35 rue Louis Goux, 69100 Villeurbanne. Tél : 04 78 68 25 44.
Pays de Loire : ACAT Nantes, Amnesty Nantes, Aumônerie des étudiants
de Nantes. Contact : Anne-Yaëlle Fleurant - 4, Bd
du Petit Port - 44300 NANTES - 02.40.74.54.42 Anne Gruand est en Albanie, mais reste joignable à l'adresse CFtirana@albnet.net Bretagne : ACAT Rennes, contact : Sara-Claire Debroise, 7 square de Champagne, 35000 Rennes. France : Commission Jeunes de l'ACAT. Contact : Stéphanie Loreau.
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Tim soutenu par un "groupe d'action" internationalUn groupe d'action international a vu le jour pour empêcher l'exécution de Tim. Avec des représentants en Europe et aux Etats-Unis, il essaie de demander la grâce auprès du Gouverneur, et de rentrer en contact avec l'avocat de Tim.Ce groupe s'appuie essentiellement sur l'enfance très instable de Tim : son père était incarcéré, et sa mère hospitalisée pour maladie mentale pendant une partie de l'enfance de Tim. Il aurait été déplacé de foyer en foyer, jusqu'à ce que sa mère sorte de l'hôpital et se remarie. La famille aurait alors vécu dans une grande pauvreté, et Tim aurait subi à ce moment des sévices sexuels de la part de sa mère. D'après un article du Galveston County Daily News (quotidien du comté où Tim a été condamné), ces éléments n'ont pas été pris en compte lors du premier procès de Tim. Son avocat a obtenu qu'il soit rejugé et que ces éléments puissent être présentés, mais le même journal indique que lors de ce second procès la Présidente du jury et vraisemblablement d'autres membres du jury n'ont pas eu la possibilité de modifier la sentence, bien qu'ils fussent opposés à la peine de mort.
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LYON : Le soir du 15 mars, l'Acat invite les Lyonnais à allumer une bougie sur leur fenêtre, comme au 8 décembre, pour témoigner de leur solidarité avec les condamnés à mort. Le groupe jeunes propose une veillée de prière chez les Petites Soeurs de Jésus, 40 rue de Crimée, Lyon 1er, à partir de 20h. Ouvert à tous. Contact : Rozenn Picard (04 78 68 25 44). |
NANTES : Les groupes ACAT et Amnesty International proposent :
L'ACAT propose par ailleurs ce même jour : Contact : Anne-Yaëlle Fleurant ou Françoise Raulin (02 40 76 68 36) pour l'Acat, Chrystelle Masson (02 40 89 70 56) pour Amnesty International. |
Saluons le courage de George Ryan, qui refuse qu'un innocent soit mis à mort (alors que dans beaucoup d'états il est légal d'exécuter un condamné dont l'innocence est établie, si les preuves n'ont pas été présentées dans un délai strict). Mais si certains dysfonctionnements qui conduisent à exécuter des innocents sont connus, la seule façon d'aboutir au risque zéro d'exécuter un innocent n'est-elle pas l'abolition pure et simple de la peine de mort ? Quelle commission peut garantir que la justice ne commettra plus d'erreur ?
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Dernière mise à jour :
21 avril 2000